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Harlequin

Harlequin
La joue bien écrasé dans la paume de sa main, Joël se retenait pour ne pas bailler au visage du comédien prétentieux qui avait choisit comme nom de scène; Harlequin. Les soupers interminables organisés par son père le saoulaient plus que tout ce qui existait sur terre. Pour lui, ce n'était que courbettes et politesses déplacées qui, hors de leur contexte savamment établi depuis des sciècles, seraient d'un farfelu qui dépasse l'entendement. Pire que tout, les souper de son père, homme d'affaire cruel et intransigeant, permettaient souvent à la crème des pires criminels que son pays ait connu de doucement relaxer dans une villa de luxe à quelque part au bord d'une falaise.

Mal à l'aise, le fils de l'hôte s'arrangeait habituellement pour s'éclipser très tôt dans la soirée, laissant ainsi son père parler tranquillement des affaires malhonnêtes dont le jeune homme ne voulait absolument pas être mêlé. Mais ce soir, suite à une série d'événements anodins mais conséquents, il avait été contraint de rester afin de tenir compagnie à la fille d'un des amis de son père, il ne savait plus lequel. Gâtée et exubérante, elle avait tôt fait de miner la patience de Joël et celui-ci c'était réfugié dans le plus profond de son ennuie. Évitant du mieux possible les regards désapprobateur de son père qui avait bien sur, vu clair dans son attitude, le jeune homme en était réduit à regarder cet acteur de bas étage qui, au moins, semblait plaire à l'enfant gâté qu'on lui avait collé entre les pattes.

Pour couronner le tout, Harlequin, semblant sentir le malaise du jeune homme s'approcha de lui et de la jeune femme avec un sourire malicieux, persque narquois. Arrivé à la hauteur du couple, il s'arrêta net et se retourna, premièrement vers la jeune femme qui applaudit presque instantanément, arrachant un soupir de découragement à son compagnon. Puis ensuite vers le jeune homme qui ne daigna même pas lever les yeux sur ce clown de bas étage. Celui-ci, bien loin de se vexer se pencha vers le fils de celui qui l'avait engagé et murmura à l'oreille, d'une voix aigue et éraillée : « Je vois bien que vous vous ennuyez jeune homme, mais ne partez pas tout de suite, une fois que j'aurai amusé le menu frotin, nous aurons tous le loisirs de profiter de la soirée. » Joël, premièrement surpris releva la tête et tomba nez à nez avec l'étranger qui se tenait maintenant à quelques centimètre de son visage. Sentant que la pression montait dans la salle, il fit un geste pour décourager toute action irréfléchit d'un garde ou même d'un des si bon ''amis'' de son père. Il daigna relever la tête mais l'acteur était déjà plus loin, en train d'offrir une fleur sorti de nul part à la femme d'un homme que Joël ne connaissait pas. Légèrement intrigué par la phrase d'Harlequin, il se releva légèrement sur sa chaise. La soirée vaudrait peut-être la peine de ne pas s'endormir. Il souria faussement à sa compagne improvisé et commanda un autre verre d'un geste sec de la main.

La soirée était bien entamé déjà et les verres s'entassait devant l'homme qui, tout d'un coup, semblait porter un oeil nouveau sur cet acteur qui amusait la foule. Son père s'étant retiré avec ses amis les plus proches, Joël savait qu'il pouvait enfin respirer et ne plus avoir à subir les regards désapprobateurs de l'homme qu'il appellait son père. Il restait donc là, assis et éméché à regarder l'acteur qui avait effectivement passé un niveau au dessus dans son numéro et qui devenait de plus en plus intéressant à mesure que son septième Martinis devenait de plus en plus vide. Sa compagne l'ayant quitté depuis un bon moment pour s'accrocher au bras d'un jeune avocat ambitieux depuis plus d'une heure, Joël se dit qu'il pourrait enfin profiter tranquillement du spectacle. Il ne se doutait pas à quel point.



À Suivre...

# Posté le mardi 20 janvier 2009 12:58

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